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Pourquoi j’ai construit TrustWords : deux mots contre les faux appels d’un proche

Sep 2026 | 0 commentaires

Par Sébastien Secrecy, développeur indépendant, créateur de TrustWords.

TrustWords est née d’un appel de trop, reçu par un parent. Le lendemain, en cherchant ce qu’on conseille dans ce cas, j’ai trouvé toujours la même réponse : « méfiez-vous », « posez une question personnelle », « raccrochez et rappelez ». Des conseils justes, qui supposent tous qu’on garde son sang-froid. Au moment où une voix familière annonce une urgence, on ne l’a plus. C’est ce constat qui a lancé le projet.

Pourquoi les vieux réflexes ne suffisent plus

Trois choses ont changé en deux ans. La voix, d’abord : quelques secondes d’enregistrement pris sur une vidéo publique suffisent aux outils actuels pour la cloner, et l’excuse « j’ai eu un accident, ma voix est bizarre » couvre les défauts. Le numéro, ensuite : l’usurpation de numéro fait afficher sur l’écran le nom de votre carnet, et l’Arcep a reçu 19 000 signalements en 2025, contre 531 en 2023. Le dossier, enfin : nom, adresse, numéro de sécurité sociale, coordonnées bancaires, tout cela a fui des services publics et se revend. Un escroc qui vous appelle sait déjà des choses sur vous, et chaque détail exact rend crédible le suivant, qui, lui, est faux.

Le FBI a compté 893 millions de dollars de pertes liées à l’intelligence artificielle en 2025, et 7,7 milliards perdus par les plus de 60 ans, contre 4,9 milliards en 2024. Le FBI recommande depuis fin 2024 un mot de code convenu en famille. C’est une bonne idée, avec trois défauts : un mot fixe s’oublie, se prononce une fois de trop devant la mauvaise personne, et ne change jamais.

L’idée : un mot de code qui se renouvelle tout seul

TrustWords est une application iPhone et iPad qui vérifie l’identité d’un proche au téléphone. Les deux personnes voient les mêmes mots, renouvelés toutes les dix minutes sur chaque appareil, sans compte ni serveur. Si les mots annoncés ne sont pas à l’écran, l’app guide pas à pas. Gratuite pour deux proches.

Concrètement : on installe l’app sur les deux téléphones, on les met côte à côte une fois, et c’est fini. Ensuite, quand quelqu’un appelle en disant être votre fils, vous lui demandez ses deux mots, sans dire les vôtres. S’ils sont sur votre écran, c’est lui. Sinon, l’app prend la main : ne rien donner, noter ce qu’il faudrait régler, raccrocher, rappeler le numéro enregistré dans votre carnet, jamais celui de l’appel reçu. Les mots sont calculés sur chaque téléphone à partir d’un secret partagé lors de la rencontre ; ils ne transitent par aucun serveur, et une écoute ne donne rien d’utilisable dix minutes plus tard.

Ce qu’il a fallu construire autour

Les mots, c’est la partie facile. Le vrai travail a été le chemin à suivre quand ils ne correspondent pas, parce que c’est là que les gens se font avoir. J’ai dépouillé des centaines de sources, des forums de victimes aux alertes officielles françaises, britanniques et américaines, pour relever les phrases qu’on entend dans ces appels : « ne raccroche pas », « n’en parle à personne », « je vous passe mon supérieur », « raccrochez et rappelez votre banque » alors que l’escroc garde la ligne. Chaque écran de l’app répond à l’un de ces procédés, une question à la fois, en gros caractères, parce que la personne au bout du fil a souvent plus de 65 ans et le téléphone contre l’oreille. Ce parcours a d’abord été écrit comme un prototype, relu trente-six fois, puis verrouillé par des tests automatisés à chaque changement.

Le reste découle de ce public : pas de compte à créer, pas de mot de passe, rien à retenir ; les numéros d’urgence du pays où l’on se trouve, pour plus de deux cents pays ; une relecture dédiée aux 65 ans et plus, contrastes, taille des cibles, une chose par écran. Et un principe qui ne se négocie pas : aucune donnée ne quitte le téléphone. Il n’y a pas de serveur TrustWords, donc rien à pirater, rien à revendre. Le modèle est simple : l’app est vendue une fois ou par abonnement, sans publicité.

Où en est le projet

L’app est en cours de vérification par Apple ; la fiche App Store arrive. Le site présente le fonctionnement, le chemin à suivre quand les mots ne correspondent pas, et une page sur les arnaques au téléphone, avec les chiffres officiels de 2025 et leurs sources. Une version Android est en développement. Si vous installez l’app pour un parent, la page d’accueil explique les trois gestes à faire ensemble, côte à côte.

Site : trustwords.secrets2freelances.fr. Pour me joindre : la page contact. Et si vous n’installez rien, gardez au moins ceci : un appel entrant ne prouve rien, même avec le bon nom à l’écran. Ce qui prouve, c’est un rappel que vous passez vous-même, sur le numéro que vous connaissez.

Cette réflexion a commencé en octobre 2025, en cinq billets : le nom sur l’écran ne prouve rien, pourquoi les bons conseils ne tiennent pas face à la peur, le mot de code en famille et ses trois défauts, vos données sont déjà dans la nature, puis le cahier des charges publié en mai. La version bilingue de l’argument central, le mot de code familial ne suffit plus, s’adresse aussi aux lecteurs américains. Fin août, la fuite au fisc a donné une illustration de plus.

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