Par Sébastien Secrecy, développeur indépendant.
En décembre 2024, le FBI a publié une alerte sur l’usage de l’intelligence artificielle par les escrocs, et glissé un conseil très simple : convenez d’un mot secret avec votre famille, et demandez-le quand un appel vous paraît étrange. Depuis, la recommandation a fait le tour des associations de consommateurs et des médias. Je l’ai testée avec mes proches pendant un mois. Voici ce que ça donne.
Pourquoi c’est une bonne idée
Le mot de code répond exactement au problème du billet précédent : il n’exige pas de réfléchir. On ne se demande pas si la voix est la bonne, si l’histoire tient, si la question personnelle est assez personnelle. On demande le mot. Il y est ou il n’y est pas. C’est un geste, pas un raisonnement, et c’est pour ça que ça marche même quand on a peur.
Il arrive au bon moment. Fin janvier, le ministère de l’Intérieur a donné une première photographie de 2025 : les escroqueries ont encore progressé de 8 % en un an, et de 7 % par an en moyenne depuis dix ans. Le même jour, l’Arcep annonçait avoir reçu 19 000 signalements d’usurpation de numéro en 2025, contre 531 deux ans plus tôt. Le nom qui s’affiche sur l’écran n’est plus une preuve. Le mot de code, lui, ne s’affiche nulle part.
Les trois défauts, vus de près
Il s’oublie. Les premiers retours autour de moi sont sans appel : au bout de quelques semaines, le mot s’oublie, ou l’on hésite entre deux. Un mot qu’on n’utilise jamais s’efface, et une personne âgée qui doute de sa mémoire n’osera pas le demander, de peur de passer pour confuse. L’escroc, lui, n’hésite jamais.
Il se dit une fois de trop. Il suffit d’un appel où l’on donne le mot au lieu de le demander. « C’est quoi déjà notre mot, maman ? » est une question naturelle dans la bouche d’un enfant pressé, et une question idéale dans la bouche d’un escroc qui a déjà appelé une première fois pour préparer le terrain. Une fois prononcé devant la mauvaise personne, le mot est brûlé, et personne ne le sait.
Il ne change jamais. Le même mot sert des mois, des années. Il finit dans une conversation de groupe, sur un post-it près du téléphone fixe, dans un message vocal. Tout ce qui est fixe finit par fuir, c’est la leçon de toutes les fuites de données de ces deux dernières années.
L’idée qui me trotte dans la tête
Nos banques ont réglé ce problème il y a longtemps pour les paiements : le code à six chiffres qui s’affiche sur le téléphone change toutes les trente secondes, et personne n’a à le retenir. Pourquoi pas la même chose entre une mère et son fils ? Deux mots, visibles sur les deux téléphones, renouvelés tout seuls, jamais à mémoriser, jamais les mêmes d’un appel à l’autre. Celui qui appelle les lit sur son écran ; celui qui décroche les compare aux siens. S’ils ne correspondent pas, on raccroche. Rien à retenir, rien à protéger, rien qui s’use.
Reste une question que je n’ai pas encore creusée : de quoi l’escroc dispose-t-il exactement avant d’appeler ? Parce que s’il connaît déjà votre nom, votre adresse et votre banque, le mot de code n’est pas seulement une précaution, c’est la dernière chose qui vous appartient encore. C’est le sujet du mois prochain.
Mise à jour, septembre 2026 : l’idée esquissée ici est devenue TrustWords, deux mots renouvelés toutes les dix minutes sur les deux téléphones, sans compte ni serveur.

