Par Sébastien Secrecy, développeur indépendant.
Quatre billets pour cerner le problème : les conseils qui ne tiennent pas face à la peur, le mot de code et ses trois défauts, le dossier que l’escroc possède déjà, et l’écran et la voix qui ne prouvent plus rien. Voici ce que j’en tire : le cahier des charges d’une application qui vérifie qu’un proche est bien celui qu’il dit être au téléphone. Je le publie avant de finir de la construire, pour qu’on me dise ce qui manque.
1. Deux mots, renouvelés tout seuls
Les deux personnes voient les mêmes mots sur leur téléphone, renouvelés toutes les dix minutes. Celui qui appelle les annonce ; celui qui décroche les compare aux siens, sans jamais dire les siens. Des mots courants, faciles à prononcer et à entendre sur une ligne qui grésille, plutôt que des chiffres. Dix minutes, c’est assez long pour tolérer un décalage d’horloge, assez court pour qu’une écoute ne donne rien d’utilisable après.
2. Aucun serveur, aucun compte
Les mots sont calculés sur chaque téléphone à partir d’un secret partagé une seule fois, quand les deux appareils sont côte à côte. Rien ne transite. Il n’y a pas de serveur qui pourrait être piraté, pas de compte à créer, pas de mot de passe, pas d’adresse e-mail à donner. Après deux ans de fuites de données, une application de protection qui constituerait elle-même un fichier de proches serait une contradiction.
3. Quand les mots ne correspondent pas, l’app prend la main
C’est la partie la plus longue à écrire, et la plus importante. Vérifier est facile ; c’est après que les gens se font avoir, quand la voix insiste, propose une explication, passe un « supérieur ». J’ai dépouillé des centaines de sources, forums de victimes, alertes officielles françaises, britanniques et américaines, témoignages de presse, pour relever les phrases qu’on entend dans ces appels et la conduite que les organismes recommandent face à chacune. Le parcours pose une question à la fois, en gros caractères : ne rien donner, noter ce qu’il faudrait régler, raccrocher soi-même, rappeler le numéro du carnet, jamais celui de l’appel reçu. Il affiche aussi les numéros d’urgence du pays où l’on se trouve.
4. Pensée pour ceux qui décrochent
Les cibles ont souvent plus de 65 ans, et le téléphone contre l’oreille pendant qu’elles regardent l’écran. Donc : contrastes forts, cibles larges, une chose par écran, aucune notion à apprendre, aucun réglage obligatoire. L’installation se fait par l’enfant ou le petit-enfant, en une fois, et il ne doit plus jamais y avoir besoin de lui pour que ça marche.
5. Un modèle simple
Gratuite pour protéger deux proches, ce qui couvre la plupart des familles. Payante au-delà, une fois ou par abonnement, pour financer le développement. Ni publicité, ni revente de données : il n’y a de toute façon rien à revendre. Le modèle doit pouvoir s’expliquer en une phrase, sinon il inspire la même méfiance que les appels qu’on cherche à contrer.
Pourquoi maintenant
Le FBI vient de publier son rapport 2025 : 893 millions de dollars de pertes déclarées liées à l’intelligence artificielle, et 7,7 milliards perdus par les plus de 60 ans, contre 4,9 milliards l’année précédente. En France, la hausse est de 8 % sur un an. La voix clonée n’est plus une curiosité de laboratoire, c’est un outil de travail.
Le projet s’appelle TrustWords. Il est en construction pour iPhone et iPad, et je vise la rentrée. Si vous avez déjà reçu un de ces appels, ou si vous installez des applications pour vos parents, vos remarques sur ce cahier des charges m’intéressent : écrivez-moi en commentaire.
Mise à jour, septembre 2026 : l’application est construite. Son fonctionnement, ses écrans et son prix sont sur trustwords.secrets2freelances.fr, et le billet de septembre raconte ce que ce cahier des charges est devenu.

