Par Sébastien Secrecy, développeur indépendant.
Un parent proche a reçu l’appel de trop récemment. Une voix connue, une urgence, une somme à envoyer avant ce soir, et surtout : « ne raccroche pas, n’en parle à personne ». Il ne s’est rien passé de grave, mais pas grâce aux conseils qu’on lui avait répétés. Depuis, je cherche à comprendre pourquoi des consignes justes échouent au moment précis où elles devraient servir.
Les trois conseils que tout le monde connaît
Ouvrez n’importe quelle fiche officielle sur l’arnaque au faux proche, celle qu’on appelle « coucou maman » depuis les vagues de SMS « c’est mon nouveau numéro » : vous y trouverez toujours les mêmes recommandations. Méfiez-vous des demandes urgentes. Posez une question que seul votre proche peut connaître. Raccrochez et rappelez-le sur son numéro habituel. La FTC américaine les répète depuis des années, la police britannique aussi sur ses pages consacrées au courier fraud, et nos propres organismes en France. Ces conseils sont bons. Le problème n’est pas leur contenu, c’est le moment où on est censé s’en servir.
Ce que la peur fait à la mémoire
Le scénario est construit pour ça. La voix annonce une urgence : accident, garde à vue, hôpital. L’urgence coupe la réflexion. Puis viennent deux phrases, dans presque tous les témoignages que j’ai lus sur les forums de victimes : « ne raccroche pas » et « n’en parle à personne ». La première empêche toute vérification, la seconde écarte le tiers qui aurait dit non. Quand un proche pleure au téléphone, on ne se dit pas « tiens, posons une question personnelle ». On cherche comment aider, tout de suite. La consigne existe quelque part dans la tête, mais elle n’est pas accessible à ce moment-là.
La question personnelle, d’ailleurs, ne résiste pas longtemps. Le nom du chien, la ville des vacances, l’année du mariage : tout cela est sur les réseaux sociaux ou dans un fichier qui a fui. Et l’escroc n’a pas besoin de répondre juste. Il lui suffit de dire « je n’ai pas le temps pour ça, maman, s’il te plaît », et l’appel repart de plus belle.
Ce que ça coûte
Aux États-Unis, où les statistiques sont détaillées, le FBI a compté 4,9 milliards de dollars perdus en 2024 par les seules personnes de plus de 60 ans, tous types d’escroqueries confondus. Ce sont elles que visent d’abord les faux appels de proches, parce qu’elles décrochent, parce qu’elles ont de l’épargne, et parce qu’elles ont des petits-enfants dont elles ne connaissent pas toujours la voix au téléphone. En France, les chiffres consolidés de 2025 arriveront dans quelques semaines ; ceux de 2024 montraient déjà une hausse continue des escroqueries d’année en année.
Ce que je retiens pour la suite
Une consigne qu’il faut se rappeler sous stress n’est pas une protection, c’est un vœu. La protection doit être quelque chose de simple, de visible, qu’on n’a pas à retrouver dans sa mémoire : un geste, pas un raisonnement. Je ne sais pas encore à quoi ça ressemble. Le mois prochain, je regarde de près la solution que le FBI recommande depuis un an : un mot de code convenu en famille.
En attendant, si vous n’avez qu’une chose à faire pour vos parents : dites-leur qu’un appel entrant ne prouve rien, et que la seule preuve est un rappel qu’ils passent eux-mêmes, sur le numéro qu’ils connaissent. Info Escroqueries répond au 0 805 805 817, gratuit.
Mise à jour, septembre 2026 : ce billet fait partie de la série qui a mené à TrustWords, l’application qui vérifie un proche au téléphone avec deux mots renouvelés toutes les dix minutes.

